Livre comme l’air – le roman

Cette histoire est votre histoire.

A la fin du chapitre c’est vous qui décidez de la suite à donner à cette aventure. Chaque mercredi un nouveau chapitre vous sera offert.

Participez, partagez et réagissez, je me réjouis de vivre cette histoire avec vous. 

Cédric T

 

 Chapitre 38 – Le climax

 Bon, l’existence est faite de quiproquos qui peuvent coûter plus ou moins chers, selon le cours de la vie. Des malentendus aux conséquences parfois douloureuses. Poisson en faisait, ces derniers jours, l’amère expérience. Il pourrait très bien faire l’autruche, la tête enfoncée sous ses pieds, mais Joseph n’aurait jamais eu assez de sable au fond de ses oreilles pour ne pas entendre le bruit des conséquences que ses malheureux “post it” pouvaient avoir sur une société déjà bien fragile. Un “post-it” et quelques pauvres lettres, il n’en faut pas plus ébranler notre monde. Bien sûr, tout n’est pas si simple, ni si manichéen, mais disons que les circonstances ne peuvent justifier de tout à elles seules.

 – Monsieur Poisson, vous avez besoin d’un avocat. Oui, croyez-moi, un bon avocat ne pourra pas vous faire de mal. Je ne vous parle pas du fruit vert avec un gros noyau dedans, ajouta l’homme qui contemplait Poisson. Je parle d’avocat au sens d’homme de loi et de “combinazione” en tout genre.

 Ses mains étaient croisées sur son bas-ventre. Son apparence était vaguement familière. Un air de déjà vu comme disent les Américains pour rigoler ou faire rigoler les autres en mimant les guillemets avec leurs doigts boudinés, légèrement recourbés.

 – Vous êtes le…

– Taxidermiste, oui, vous avez raison, hocha le vieil homme, je suis aussi également votre avocat à compter de cet instant précis.

 – Et j’ai besoin d’un avocat pour quelles raisons précises ? Demande Joseph Poisson à tout hasard.

– Parce que vous êtes dans la merde, si vous me passez cette expression. Je dirais même dans une merde noire compléta Gianni.

– La couleur, a-t-elle son importance s’enquit l’écrivain pour qui chaque détail comptait.

– Eh bien, ma foi oui. Disons qu’une merde noire, c’est toujours plus significatif qu’une autre, de couleur tirant plus sur le brun, voir le brun clair. Noir, c’est noir, comme disait le chanteur. Mais ne nous arrêtons pas à une simple question de pigmentation, il y a plus grave encore.

 Joseph Poisson ne manquait pas suffisamment d’expérience pour ignorer que la présence d’un avocat signifie le début des problèmes. Les hommes de droit sont toujours là pour vous sortir des situations les plus inextricables et compliquées, mais on oublie bien souvent de dire que ce sont eux qui nous y ont plongés, la tête la première. D’une certaine manière, ils sont aux deux extrémités du tuyau. Ils sont partout. Ils mouillent et sont mouillés dans toutes sortes d’affaires. Au fond, c’est peut-être bien comme le fruit, la chaire ne pose aucun problème, au contraire, avec une petite vinaigrette ça passe tout en douceur. Non, les complications arrivent avec le noyau.

 – Vous devez comprendre, mon petit Poisson, que vous avez l’art de vous mettre le monde à dos. Et quand je dis le monde, je parle au sens stricte. Depuis quelque temps, c’est toute la planète qui est en effervescence. Je dois reconnaître que j’ai bien essayé de théoriser la situation qui vous concerne, mais aucun schéma mathématique ne m’est apparu clairement. Le seul qui me semble plus ou moins correspondre à votre cas, c’est l’exponentialité.

– L’exponentialité ?

– Oui, cette tendance rationnelle et constante à la multiplication au carré de tout ce qui vous arrive. C’est quand même incroyable cette croissance infinie de vos problèmes. Quand on pense que tout a commencé par un simple coup de téléphone dans une cabine publique. Réalisez-vous comme tout est venu s’accélérer par la suite ? Alors, je ne suis pas ici pour vous faire une leçon d’arithmétique, mais je dois reconnaitre qu’il y aurait de quoi intéresser les plus brillants chercheurs du MIT.

– Je veux bien, concédait Joseph Poisson SA. Mais même l’exponentialité connaît à un moment ou un autre un inversement de courbure. Une sorte de fléchissement de sa croissance. Je veux dire, je comprends que certaines choses soient infinies et les emmerdes en font certainement partie, mais tout n’est pas immuable. Je suis en droit de m’attendre à un changement à un moment donné, non ?

– Bien sûr, vous avez parfaitement raison, rien n’est coulé dans le bronze, jamais ! Le penser se serait se mentir à soi-même. Et quand on commence à se cacher la vérité, on ne se fait plus confiance, alors autant vous dire que nous sommes à deux doigts de la bipolarité. Regardez Céline Dion, elle chante très bien, personne ne le conteste. Mais sincèrement, je ne souhaiterais pas être dans sa tête. Vous avez vu le Titanic ?

– Non !

– Aucune importance, c’est un très bon film. Sauf que tout le monde se demande à la fin pourquoi c’est la grosse qui survit. Bref, pour en revenir à la courbe exponentielle des emmerdes. Disons que nous avons atteint le climax de votre histoire.

– Le quoi ?

– Le climax ! Confirma Gianni. Mais attention pas dans le sens de film porno du terme, où les vingt-cinq minutes de ramonages dans toutes les positions se terminent en apothéose rapide et directe. Non, climax dans son étymologie mathématique. On appelle ça aussi le maximum global. D’une certaine manière, c’est l’instant où toute chose mouvante atteint son point d’équilibre. Là où, l’espace d’un moment infinitésimal tout s’arrête et reste en suspension. Et nous y sommes !

– J’ai donc atteint ici le summum de mes emmerdes, c’est bien ça ?

– Non pas vraiment, mais disons que c’est là que les choses peuvent prendre une nouvelle tournure. En mieux ou en pire. Seul l’avenir nous le dira.

– Et comment fait-on pour être sûr que nous avons atteint ce fameux climax ? Comment garantir que nous ne sommes pas simplement en train de poursuivre une caravane d’emmerdements incontrôlés.

– Très bonne question et très simple à répondre en vérité. Disons que le point d’inflexion, c’est celui où la courbure s’annule en changeant de signe. Autrement dit, on parle de point d’inflexion pour signifier que la courbe traverse sa tangente en ce point. Dans le cas cartésien, y = f(x), le phénomène se produit lorsque la dérivée seconde f “, dérivée de la dérivée, s’annule en changeant de signe. On parle aussi de changement de concavité. Vous voyez, c’est très simple : niveau terminal !

– Mais est-on sûr que je sois à ce point de ma vie ou de mon histoire. D’un point de vue vitale, voir littéraire et non mathématique si possible.

– Je comprends. Et bien disons que la somme des tuiles qui vous est arrivée a atteint un pic qui nous laisse penser qu’un changement s’opérera, peut-être dans un avenir proche ?

– Peut-être ?

– Oui probablement, car on ne peut jurer de rien, dans ce bas monde. Les choses ne sont jamais aussi précises que l’esprit cartésien le voudrait.

– Mais concrètement comment tout ceci doit se matérialiser ? Pour vous donner un exemple, je sais que ma glace commence à fondre lorsque je sens les premières coulées de vanille froide glisser sur ma main. Vous voyez, là les choses ont un tenant et un aboutissant. Ça m’aide à comprendre.

– Ah ! Vous voulez parler du procès ?

– Du procès ?

– Oui, le procès qui vous est intenté pour incitation à la révolution, rébellion et renversement de la société.

-Quoi ? Mais c’est très grave ! Je n’ai rien fait de tout ça ! Je suis innocent.

– J’en suis persuadé le rassura Gianni. Et je pense que nous n’aurons pas de peine à le démontrer en audience. Non, selon moi, il y a plus grave.

– Plus grave encore, comment ça ? Questionna Joseph.

– Disons que ce n’est jamais facile ni agréable de se faire insulter sur les réseaux sociaux, concéda Gianni le taxidermiste.

– Mais tout le monde le fait. Alors, je ne vois pas en quoi tout ceci deviendrait soudainement si problématique. Dangereux au point où il me faudrait un avocat pour me défendre.

– Oui, vous avez bien raison mon brave Poisson, de nos jours, on insulte le premier venu pour un oui ou pour un non. C’est même devenu un sport national. Vous savez, poursuivi l’avocat, de mon temps les choses étaient beaucoup plus simples. Il n’y avait pas tous ces outils technologiques pour échanger et communiquer.

– Vous voulez dire qu’à votre époque les gens ne s’insultaient pas ?

– Non, pas du tout. Ce que j’essaye de vous dire, c’est qu’à l’époque, pour quelqu’un qui voulait me traiter de “trou du cul”, il fallait qu’il marche jusque chez moi, qu’il monte les quatre étages d’escaliers branlants qui me séparaient de la rue, qu’il sonne à ma porte et qu’il me le dise en face. Vous reconnaîtrez que ça compliquait passablement la tâche. Et moi, j’avais tout le loisir de lui coller mon poing dans la gueule. Comme ça la communication était bien passée. Mais de nos jours, on se fait insulter par tout le monde, une ribambelle de personnes que l’on ne connaît pas. Je peux même me faire insulter par un couillon vissé sur son gros cul, au fin fond de l’Oregon.

– Comme quoi les réseaux sociaux ça ouvre des horizons nouveaux, suggéra Joseph.

– Oui, vous avez sans doute raison, concédait le taxidermiste en soupirant lourdement.

– Et pour en revenir à votre présence, si vous me permettez de recentrer le débat. En quoi les insultes proférées, sur mon compte, par quelques internautes désœuvrés serait plus grave qu’un procès pour incitation à la révolution, rébellion et renversement de la société.

 L’avocat-taxidermiste marqua une courte pause en observant son client. Il semblait mettre de l’ordre dans le fil de ses idées. Avant de répondre.

– Eh bien, disons que tout dépend de l’auteur du post en question, voyez vous ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Coming Soon
Joseph Poisson va-t-il répondre à Trump ?
Joseph Poisson va-t-il répondre à Trump ?
Joseph Poisson va-t-il répondre à Trump ?

 14,161 total views,  21 views today