Livre comme l’air – le roman

Cette histoire est votre histoire. A la fin du chapitre c’est vous qui décidez de la suite à donner à cette aventure. Chaque mercredi un nouveau chapitre vous sera offert.

Participez, partagez et réagissez, je me réjouis de vivre cette histoire avec vous. 

Cédric T

 

 

 

 

Chapitre 14 – Le garage

 

On a beau dire, mais les querelles sont souvent riches en enseignements. Il existe, parait-il, dans la très belle ville de Venise, deux petits bars situés aux abords de la typique place du campo San Stin. Le premier s’appelle « Il Vizietto » et l’autre, dix mètres en contrebas, près des eaux brunâtres du rio de San Stin: « la Bottiglia ». Jusqu’il y a encore quelques années les deux patrons de ces petits cafés typiquement vénitiens, s’entendaient comme larrons en foire. Marco et Gian-Francesco étaient tous deux originaires de la cité des doges. Ils avaient le même âge et passés ensemble une année sous les drapeaux à défendre l’honneur de la patrie (du moins ce qu’il en restait) sous la bannière des “Bersaglieris”, Une unité d’infanterie légère caractérisée par le port d’un chapeau à larges bords, décoré de plumes de coq de bruyère. Cette petite armée n’était pas tant connue pour ses faits d’armes que par la stupéfiante faculté de ses recrues à combattre en sifflotant, ainsi que son incroyable fanfare qui reprenait à la perfection, sur les champs de bataille, tant les chansons patriotiques que les derniers tubes à la mode.

 

Marco et Gian-Francesco étaient devenus au fil des années, inséparables. Jusqu’à ce jour de mai 1996 ou lors d’une belle soirée bien arrosée, comme ils avaient coutume de les partager après avoir renvoyé leurs derniers clients. Les deux complices inventèrent une boisson unique qui s’inspirait des légendes de l’époque où une bonne partie du nord de l’Italie était encore sous le joug autrichien. Ils appelèrent cela le Spritz. Un mélange de vin pétillant, d’Apérol et d’un peu d’eau gazeuse. Le succès fut immédiat. En quelques années à peine cette boisson orangée, à la foi fraîche et tonifiante fit le tour du monde, un véritable raz-de-marée. Il faut dire qu’avec une ville comme Venise qui draine ses millions de touristes chaque année, il n’y pas pénurie d’ambassadeurs à même de reconnaitre et d’exporter les bonnes choses, même en Allemagne. Mais cette invention géniale fut le coup de grâce de cette belle amitié entre les deux baristi. Chacun revendiquait la paternité exclusive du nouveau cocktail à la mode et l’affichait fièrement sur sa devanture : “Ici est né le Spritz” pour l’un et pour l’autre : “Tous ceux qui vous diront que le Spritz a été conçu ailleurs qu’ici sont des couillons”. C’est ainsi que la célèbre boisson orangée et pétillante fit son entrée dans le monde des apéros et des soirées branchées, sur le dos d’une amitié perdue.

 – Mais qu’est-ce que c’est bon quand même.

 Joseph, qui comme la plupart d’entre nous, n’avait pas la moindre idée de cette anecdote, continuait à siroter, dans son taxi, une gorgée d’Apérol qu’il alternait directement dans son gosier avec une rasade de prosecco. C’est en arrivant aux pieds de son travail qu’il se sentit un peu la tête tourner. Mais c’est en débarquant dans son bureau qu’il faillit avoir un malaise. Tout avait disparu. En lieu et place de son espace de travail, il découvrait une grande et belle table de ping pong sur laquelle deux collègues un peu grassouillets et transpirants s’affrontaient pour le gain de la deuxième manche.

 – Tu cherches tes affaires ? lui demanda le premier sans détourner son regard de la petite balle blanche. C’est le boss qui les a déménagées ! Je crois que tu as été réaffecter au sous-sol.

– Aux archives ?

– Non plus bas encore, dans le parking ! Il faut que tu ailles voir le boss, je crois qu’il est encore un peu en pétard. Tu vas aimer.

 C’était effectivement entre une vieille FIAT Multipla 1.6 16V Emotion Bipower et la chaudière à mazout que Joseph retrouva son bureau et ses quelques affaires. Au troisième sous-sol, plongé dans une pénombre tranchée à vif de néons épileptiques. Il prit place sur sa chaise grinçante et inspira profondément un air de moisi et de renfermé, mâtiné d’odeur d’essence. Pas “dégeulasse”, juste un peu inhabituel. Sans parler de sa propre odeur qui elle ne le lâchait plus. Il était bien entouré, mais pas de quoi se formaliser après tout. Notre Poisson est bien conscient que les odeurs sont les marqueurs du temps. Le seul moyen qu’ait jamais trouvé le temps, cette masse implacable et immuable qui absorbe tout sur son passage, pour se fixer durablement dans les souvenirs. Que cela soit une odeur de vieille chaussette ou le bon effluve de caramel beurre salé, celui que préparait grand-mère, il n’existe pas d’autres moyens pour revivre ses souvenirs durablement et presque à volonté. On n’a beau envisager le problème sous tous les angles on ne trouvera jamais meilleurs indicateurs de la vie qui passe que les odeurs qu’elle laisse derrière elle, enfouit à l’intérieur de nous. Suffit d’une bouffée pour que surgisse des milliers de souvenirs vivaces et légers comme une journée d’été, en vacances au soleil.

 

Il lui arrivait décidément de bien drôles d’évènements. Sans savoir vraiment où tout ceci l’amènera. Ni même si toutes ces aventures pouvaient être assimilées à un chemin ou même à un sentier, tant les dédales et les culs de sac étaient nombreux. Joseph avait bien l’impression d’être chahuter comme une mouche collée sur les pales d’un ventilateur en pleine canicule. Plongé dans ses pensées, il n’entendit, ni ne vit la femme qui, en toute discrétion, s’assit devant lui.

 – Monsieur Poisson ?

 Plutôt rondouillarde et mal fagotée, elle paraissait néanmoins jeune, et assez sûre d’elle. Joseph, dans le noir, distinguait assez mal les traits de son visage malgré ses regards de biais. Il lui répondit tout de même : “Oui”, pour faire bonne façon et aussi parce qu’il était bien M. Poisson, après tout. A moins que son interlocutrice ne cherchât son père, mais attendu que celui-ci était mort et enterré depuis belle lurette, la probabilité qu’il soit la bonne personne ne pouvait être plus importante.

 – Laissez-moi me présenter, Je m’appelle Frédérique Tamara, tout le monde m’appelle Fred. Que ce soit dans le boulot ou la vie privée, on me dit Fred par ci, Fred par là. Des Fred en veux-tu, en voilà. Mais si ça ne vous dérange pas je préfèrerais que vous m’appeliez Tamara. De plus, je suis notaire et j’ai le très désagréable devoir de vous annoncer une mauvaise nouvelle. Ou plutôt deux mauvaises nouvelles pour être exacte.

– Mais ça va commencer à bien faire !

 Notre journaliste de bas étage, voir même de sous-sol, pour être bien raccord avec le contexte de cette histoire, s’était redressé sur sa chaise.

 – Ça suffit les mauvaises nouvelles et les sales coups du sort, ça va un moment ! Il faudra bien que ça s’arrête. Je veux dire on ne peut pas s’acharner pareillement sur quelqu’un. Il faudrait partager équitablement. Au bout d’un moment il y en a marre, et je ne suis pas du genre à rouspéter pour un rien, vous comprenez ?

– Je suis désolée que ma venue vous mette dans un état pareil, le rassura Tamara. Je n’y suis pour rien. Après tout, jusqu’il y a quelques minutes, je ne vous connaissais pas du tout. Vous étiez pour moi qu’un nom sur un dossier poser sur mon bureau. Mais maintenant que je vous vois dans votre cadre de travail tout pourri je dois reconnaitre que je compatis. Sincèrement, je n’aimerais pas être à votre place. Ça ne doit pas être facile tous les jours. Je ne dis pas que ma vie est un conte de princesse comme on nous en bassine des litres dans notre tendre enfance, ni même qu’elle est enviable. Mais enfin, je dois reconnaitre que tout me semble plus tentant que la situation dans laquelle vous vous trouvez, et pas qu’un peu.

– Bon, alors ces mauvaises nouvelles, coupa court Joseph qui semblait s’impatienter sur son sort.

– Eh bien voilà, vous avez raison, cela ne sert à rien de tourner autour du pot, ni d’y aller par quatre chemins. Je vous annonce que j’ai transféré comme convenu les 25 millions de dollars sur votre compte numéroté. Il vous suffit simplement de signer ici en bas de ce document et la somme vous appartient de droit et libre à vous d’en disposer comme il vous plaira. En gros vous êtes millionnaire.

– Je suis quoi, vous dites ???

– Vous êtes millionnaire M. Poisson, ou plutôt multi millionnaire pour être exact. Attendu que la somme qui vous a été livrée est bien supérieure à un million, on peut logiquement vous affubler du multi. Ça ne mange pas de pain et en plus ça en jette. Ça envoi du lourd, comme on dit quand on parle pour impressionner. Mais attention multi, pas comme dans Fiat Multipla, d’un pouce nonchalant, Tamara pointa à sa droite le véhicule qui bordait leur conversation. Ici, le terme multi peut laisser entendre, à tort, qu’il y a de la place dans son coffre pour une très grande quantité de plats. A moins que cela soit de l’italien vous me suivez ?

– Non pas vraiment !

 Joseph semblait comme tétanisé. Pas une parcelle de son corps, pas un muscle, pas un boyau, pas même une cellule neuronale, ni une astrocyte et encore moins une oligodendrocyte n’était en mouvement dans les plus lointains tréfonds de son grand corps dégingandé. Non pas que la perspective de devenir multimillionnaire soit un problème en soi. Comprenons-nous bien, Joseph, pas moins que vous, ne nourrit de problème avec l’argent, sauf quand il vient à manquer, bien entendu. Mais il faut reconnaitre que certaines situations ont de quoi surprendre les plus aguerris. Recevoir vingt-cinq millions de dollars, comme ça, comme une fiente de pigeon qui finit sa course sur la veste a de quoi laisser perplexe. Et ce n’est pas parce que personne n’a vécu cette situation qu’il faudrait en douter.

– Et, existe-il une raison particulière qui justifierai que je reçoive tout cet argent ? Ne le prenez pas mal Tamara, mais je dois reconnaitre que tout ceci est très soudain, voire carrément inattendu. Loin de moi l’idée de refuser, bien au contraire. Mais disons simplement que chat échaudé craint l’eau froide. Et en l’occurrence, matière eau froide je dois reconnaitre que j’en connais un rayon. Donc pourrais-je savoir qu’est-ce qui me vaut le plaisir de quitter aussi brutalement le monde de la pauvreté et de la misère?

– Non ! 

La jeune notaire balaya du bras toute velléité de réponses.

– Non, non et non. Je ne suis pas là pour ça. C’est vrai quoi, à la fin. Chacun son travail. Mon rôle est juste de vous informer que vous avez reçu cette somme, point barre. Pour le reste il faut voir avec le commanditaire. Il parait que vous avez reçu une lettre il y a peu. Je vous suggère donc de bien vouloir vous renseigner et de faire le nécessaire auprès de cette personne. Mais, soit dit entre nous, il faudrait être bien con de penser que l’on peut recevoir vingt-cinq millions de dollars “out of the blu”, sans raison. Et sans vouloir trop m’avancer, à en juger par ma courte expérience, c’est le genre d’évènements qui n’arrivent que dans une probabilité tellement infime, presque atomique au regard d’une vie, que ce ne serait pas étonnant que tout ceci vous pète à la gueule un de ces jours.

– Bien, je comprends, coupa court Joseph.

 L’écrivain se rappelle en effet avoir bel et bien reçu une enveloppe des mains de cet étrange père Noel, qui n’en était pas un.

– Et vous me disiez que vous aviez une autre mauvaise nouvelle à m’annoncer, relança le nouveau riche, pour qui soudain, la notion de bon et de mauvais s’était retrouvée quelque peu chamboulée.

– Oui, nous allons coucher ensemble, ici et maintenant sur votre bureau.

 Joignant la parole aux actes, Frédérique Tamara arracha son chemisier de ses deux petites mains. Les gestes étaient précis et déterminés. Elle se précipita, poitrine au vent, sur notre ami fraichement enrichi, avec la ferme intention de tenir ses engagements, coute que coute.

 Bon, vous avez remarqué, je fais tout pour aider, pour simplifier. Des chapitres courts, une histoire nerveuse, un peu de suspens, de la tension érotique et surtout des enjeux actuels de société. C’est ça la clef, si vous voulez mon avis. Je ne dis pas que tout le monde peut écrire un livre. M’enfin si le cœur vous en dit allez-y, après tout, c’est vous qui voyez. Mais pensez au lecteur, hein ? N’écrivez pas pour vous, mais plutôt pour les autres. Comme s’il n’y avait déjà pas assez d’égoïsme de par le monde. Si en plus on doit en rajouter dans les librairies, alors autant envoyer des MILF contorsionnistes au Vatican ou des balles de pingpong sur la lune. Ce n’est pas pour vous faire peur que je dis ça, c’est juste pour prévenir, ok ? Vous êtes prévenus, donc.

 

 

 

Coming Soon
Que va faire Joseph Poisson ?
Que va faire Joseph Poisson ?
Que va faire Joseph Poisson ?