Livre comme l’air – le roman

Cette histoire est votre histoire. A la fin du chapitre c’est vous qui décidez de la suite à donner à cette aventure. Chaque mercredi un nouveau chapitre vous sera offert.

Participez, partagez et réagissez, je me réjouis de vivre cette histoire avec vous. 

Cédric T

 

Chapitre 28 – Tabatha Cash

  Magique Emmanuelle, le parfum d’Emmanuelle, l’amour d’Emmanuelle, Emmanuelle à Venise, la revanche d’Emmanuelle, éternelle Emmanuelle, le secret d’Emmanuelle, les aventures érotiques d’Alladin X, les esclaves du harem, les méchantes filles, l’olympe du stupre, le cul de Seymoure, les visiteuses, instinct animal, Sœur derrière, Dr. Cul 3, Facesitters 2, partouze fille 9, sales débutantes, le train de nuit, l’académie anale.

 Joseph s’était envoyé l’intégrale de Tabatha Cash. Une belle collection de films de qualité où il faut reconnaître que l’actrice ne manquait, ni de talent, ni même de cœur à l’ouvrage. La BDS lui avait offert, tout le temps nécessaire pour s’exécuter. Un petit salon mis à sa disposition, propre et immaculé, un grand fauteuil confortable face à un écran pour son plaisir personnel. 50 pouces (il avait vérifié avec ses doigts), pour revoir les exploits et les acrobaties de l’héroïne de ses rêves d’adolescent.

 Joseph Poisson resta cloîtré dans les locaux de la banque du sperme. On lui faisait livrer des pizzas de nuit comme de jour, afin qu’il nourrisse son organisme fatigué par tant d’efforts. La banque se montra généreuse et ne lésinait pas sur les boissons survitaminées pour accompagner les repas du donateur. Mais, le jeu en valait la chandelle. Joseph Poisson SA fit don d’une quantité record de semences. Sa pugnacité lui permit de remplir une cinquantaine de petits flacons en plastique. Au tarif de 35 Euros la fiole, il empocha la coquette somme de 1750 Euros. La BDS, de son côté, s’était constituée des réserves pour les prochains vingt-quatre mois, de quoi répondre à la demande de nombreuses clientes en mal de partenaires.

 Trois jours plus tard, l’écrivain sorti discrètement de son petit local, les jambes flageolantes, les avant-bras et les poignets endoloris mais, la tête bien reposée. Le soleil se levait sur la ville, avec une impression de sérénité, comme une veille de rentrée scolaire et qu’on adresse un dernier au revoir à la plage de nos vacances.

 Quincy le soutenait par le bras.

 – Comment allez-vous Poisson, pas trop fatigué ? demanda le directeur général. Venez, nous allons prendre un petit café et parler un peu. Nous avons tant de choses à nous dire. Vous allez voir que je n’ai pas perdu de temps pendant votre séance de mas… de donation, j’ai passablement cogité sur votre cas et, je pense que j’ai quelques idées à vous soumettre qui vont nous sortir de l’impasse.

 Quincy Nadoolmann et Joseph Poisson marchaient comme deux vieillards, l’un supportant l’autre, à la recherche d’un endroit où poser leurs fesses. Rapidement, un bistrot émergea au coin d’une rue. Quelques tables étaient disposées sommairement en devanture de vitrine. À cette heure-ci, ils étaient les seuls clients et ce n’était pas plus mal. Les deux hommes prirent place et commandèrent chacun un petit noir sans crème, ni sucre. Le regard de Joseph était éteint, voire, en dérangement momentané. Ses yeux semblaient dire “merci de laisser un message, nous vous recontacterons dès notre retour. C’est promis !” Mais Quincy se risqua quand même à attirer son attention.

 – Savez-vous ce qu’il faut pour être un bon écrivain ? L’interrogea le directeur général. Sans attendre une réponse, qui ne serait de toute façon pas venue, il enchaîna : du vécu ! Oui, vous m’avez bien entendu, il faut du vécu, de l’expérience. Au fond, les meilleurs écrivains sont ceux qui se pointent avec une histoire dans leur sac. Ceux qui ont roulé leur bosse, les égratignés de la vie, les cabossés du parcours. On ne peut pas se prétendre auteur avec une laiterie derrière les oreilles. Franchement, regardez tous ces jeunes qui se prétendent écrivains et qui vous pondent un livre lisse comme un billard hollandais. Ces auteurs à la peau du ventre bien tendue qui écrivent des romans policiers de plus de 500 pages décrivant par le menu comment tuer avec un pistolet à eau. Des pages et des pages à vous sortir de la merde en rouleau, comme on chie des graines de pastèque en été. Remarquez, ce n’est pas leur faute. On ne peut pas leur en vouloir. Chacun fait avec les moyens du bord et en plus, ce n’est pas interdit d’écrire, en tout cas, pas encore. Alors ils rédigent et racontent leurs trucs qui n’en sont pas. Juste bon à noircir la feuille.

 Quincy trouva plus prudent de claquer deux doigts devant les yeux de Poisson pour s’assurer que son discours ne partait pas complètement dans le vide.

 – C’est vrai, quoi ! poursuivit-il. Regardez Hemingway. Le mec est parti faire la guerre d’Espagne pour ne rien perdre de sa verve littéraire. Vous pensez qu’il serait resté dans sa petite cahutte sur la plage à sucer des cacahuètes et écrire des romans d’amour qui finissent bien ? Et bien non ! La guerre, et pas qu’une ! Il les a toutes faites. Ma foi, c’est comme ça que l’on devient écrivain en se confrontant à la vie et la mort, non pas assis devant son bureau, le cul sur un coussin d’assise gonflable en anneau médical qui soutient les lombaires et combat les hémorroïdes. Alors je comprends bien que de nos jours, on sacrifie tout au confort et au luxe, mais à ce moment-là, il ne faudrait pas songer à une carrière d’écrivain. Je veux dire, il y a bien d’autres professions qui permettent de gagner des kilos et se gratter les noix. Et pas que dans la communication ou les relations publiques.

– Mais on ne peut pas quand même provoquer une guerre, non ? Joseph était sorti de sa torpeur de manière interrogative.

– Non, bien sûr Joseph, vous avez raison ! Nous ne sommes pas le gouvernement des Etats-Unis. Remarquez, ça doit être bien pratique de pouvoir mettre à feu et à sang une petite région du monde qui meurt de faim. Je pense que cela ouvre des perspectives enrichissantes. Non, ce qu’il nous faut, c’est envisager ça sous un angle plus local, plus humain.

 Quincy tapotait du doigt la soucoupe vide de son café. Le directeur général avait un plan qu’il entendait bien mettre à exécution. Un projet tellement grand qu’il ferait de l’ombre à la lune, elle-même et pas que lors des soirées de solstices. Il couvait l’ambition de faire de Joseph Poisson un grand écrivain, un immense auteur. Probablement, le plus célèbre d’entre tous. Pour la première fois depuis longtemps, son projet avorté de slips en peau de chats lui semblait bien dérisoire. La tâche qui l’attendait était une nouvelle montagne à gravir. Il comptait bien atteindre ce sommet où culminerait enfin sa gloire, à la force de ses mains et sans masque à oxygène. Le visage découvert à l’air libre comme un Zorro qui n’a plus peur du regard des autres.

 – Ce qu’il vous faut M. Joseph Poisson SA, c’est un projet détaillé. Reconnaissez qu’il vous manque presque tout pour devenir un bon écrivain. Si vous aviez suivi les précieux conseils de Joel Dicker, dans tous ses livres, vous auriez réussi à écrire un texte, certes un peu soupe au lait, pas de quoi nourrir son lectorat mais certainement, suffisamment pour ne pas le laisser mourir de faim. Parce que ça mange ces bêtes-là. Ça demande toujours plus de mots, de phrases et de chapitres. Il faut les rassasier sans les saturer. Oh ! Quincy leva une main vers le ciel. Je sais bien que tout n’est pas facile. De la théorie à la pratique, il y a un bout de chemin cahoteux que l’on hésite à franchir, de peur de se casser la cheville. Mais d’autres l’ont fait, alors pourquoi pas vous.

– Mais j’écris, s’exclama Joseph, j’ai déjà publié quelques nouvelles et, plutôt intéressantes à mon goût.

– Eh bien justement, c’est votre goût qui pose un problème. Joseph Poisson, vos textes doivent parler aux lecteurs. En l’occurrence, il faut admettre que question attrait, vos écrits suscitent le même intérêt qu’une conférence sur la chirurgie plastique dans un couvent de nones carmélites. C’est-à-dire, à peine un haussement de sourcils ou alors une curiosité perverse. Il vous faut de la percussion et du rythme. Poisson vous devez trouver un style qui n’est celui de personne, donc le vôtre. Surprendre le lecteur comme dans un Tweet de Donald Trump à quatre heures du matin.

– Et comment je fais d’après vous ?

– Ah voilà la bonne question, cria Quincy ! Celle que vous devez vous poser tout le temps devant votre page. Comment je fais ? Comment surprendre le lecteur et le laisser en attente de plus, toujours plus. Ne nous y trompons pas, le lecteur est et restera un junkie qu’il faut sans cesse rapprovisionner. Il lui faut sa dose. Sans ça c’est sa vie de merde qui reprend le dessus. Il étouffe et s’arrache la peau des yeux. Les mecs sont prêts à lire n’importe quoi pour peu qu’on les sorte de leur quotidien. Alors, c’est comme dans tout, il y a de la bonne et de la moins bonne cam. Tout le monde peut dealer un texte coupé à l’urine de singe, du genre à bousiller la santé du consommateur. Mais la qualité, de la pure, comme un texte qui fait planer plus hauts que les hauts plateaux du Kilimandjaro, ça c’est rare. Ça, il y en en peu qui y arrivent. Il faut bien sûr, une certaine maîtrise, une part de talent mais encore beaucoup d’engagement. Du sang, des larmes et des pleurs. Mais surtout des expériences. Il faut que la vie coule dans vos veines, qu’elle transpire par tous vos pores. C’est ça qu’il faut démontrer, vous comprenez ?

– Alors on fait quoi ? 

Quincy s’était tourné vers l’écrivain et plongeait son regard bleu métal dans le sien, comme on peut le lire dans les livres qu’on offre à Noël mais que l’on ne lit pas au-delà de la centième page, avant de le revendre sur Amazon.

– Joseph Poisson SA, avez-vous déjà tué quelqu’un ?

 

 

 

 

 

 

 

Coming Soon
Que va faire Joseph Poisson ?
Que va faire Joseph Poisson ?
Que va faire Joseph Poisson ?

 6,463 total views,  25 views today